L’été SF – Contact – Robert Zemeckis

Cet été, je vous propose de revenir chaque semaine sur une œuvre de science-fiction. J’éviterai autant que possible les classiques absolus (Asimov, K. Dick et consorts), et axerai chacune de ces courtes chroniques sur un aspect  particulier qui, pour une raison ou pour une autre, m’a marqué. Il ne s’agira donc pas d’être érudit ou exhaustif, mais avant toute chose de vous donner envie de vous y plonger à votre tour !

Aujourd’hui, Contact, un adaptation du roman éponyme de Carl Sagan réalisé en 1997 par Robert Zemeckis.

Le voyage de nos ondes radio

BOUM ! Au tout début du film Contact, le spectateur est plongé dans un immense chaos auditif : il perçoit ici ou là de la musique, un solo de guitare, des voix. Et puis la caméra recule, dévoilant une magnifique Terre, dont l’une de ses faces est éclairée par le Soleil. La caméra recule encore, elle approche la Lune, survole Mars puis Jupiter et Saturne. Le son se calme un peu, quelques fragments de musique ou de discours se font entendre de manière fugace. La caméra quitte le système solaire. Puis c’est le silence absolu. La caméra recule encore, et encore. Elle quitte la galaxie, en traverse d’autres, beaucoup d’autres, des milliers d’autres qui inondent bientôt tout l’écran de leur lumière aveuglante.

La lumière ainsi que les ondes radio voyagent dans l’espace à la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde, une limite imposée par les lois immuables de la nature. Une vitesse que notre perception, basée sur notre expérience sensible du quotidien, juge prodigieuse, et qui pourtant n’est rien à l’échelle de l’Univers. Il faut huit minutes à la lumière du Soleil pour parvenir jusqu’à la Terre, quand il faut plus de quatre ans à celle de Proxima Centauri (l’étoile la plus proche de la Terre après le Soleil) pour réaliser le trajet ! Ainsi, nous voyons Proxima Centauri dans le ciel tel qu’elle était il y a quatre ans. Plus on regarde loin, plus la lumière qui nous parvient est ancienne. Les photons de la galaxie GN-z11, observés par le télescope spatial Hubble, ont mis 13,4 milliards d’années pour atteindre la Terre. Il s’agit de la plus lointaine et donc de la plus ancienne galaxie jamais observée.

De la même manière, la lumière et les ondes radio émises depuis la Terre voyagent dans l’espace. Dans la scène d’introduction de Contact, plus la caméra s’éloigne de la Terre, et plus les sons sont anciens. Des derniers tubes musicaux contemporains du film (sorti en 1997), à des discours politiques ou des transmissions télévisées. Et jusqu’aux premières ondes émises avec l’invention de la radio, au tout début du XXe siècle. Au-delà de cette limite, la Terre est encore muette. Pour le moment.

La toute première émission de radio a été diffusée le 24 décembre 1906 par Reginald Fessenden, il s’agissait d’un court programme composée d’un discours, de musique et d’une lecture de la Bible. C’était il y a 111 ans. Ce programme a voyagé sur Terre, puis dans l’espace, à une distance d’environ 111 années-lumière de la Terre. Soit dans notre voisinage immédiat : le diamètre de notre galaxie, la Voie Lactée, est estimée à environ 120 000 années-lumière… Et la galaxie voisine la plus proche, Andromède, est située à environ 2,5 millions d’années-lumière : le programme de Reginald Fessenden arrivera donc là-bas dans 2,5 millions d’années…

 

Andromède photographiée par le télescope spatial Hubble.

Je deviendrais vieux, si tu me quittais des yeux

Cette scène d’introduction est à mon avis l’une des plus fascinantes de l’histoire du cinéma. En fait, mis face à l’infini, chaque spectateur réagira à sa manière : certains ressentiront un immense vertige, d’autres seront effrayés, d’autres encore resteront perplexes devant la place qu’occupe l’homme au sein de cet espace aux dimensions si démesurées. En trois minutes, en tout cas, il aura déjà voyagé loin de son canapé, par-delà l’espace et le temps.

A la fin de cette scène, la myriade de galaxies, qui ne forment désormais plus qu’une seule lueur blanche, se change en un reflet au fond des yeux d’une jeune fille en train d’effectuer un appel radio. Tout le film est résumé à cet instant précis : ce sera un grand voyage dans le cosmos, mais aussi un grand voyage dans l’intimité d’une femme en quête d’un bruit dans le silence.

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