Science-fiction

La Machine à explorer le temps – H.G. Wells

Petit voyage dans le temps pour évoquer l’un des premiers romans de science-fiction traitant du voyage dans le temps : il s’agit bien sûr de La Machine à explorer le temps, de H.G. Wells.

La quatrième dimension

Le voyage dans le temps. Il semblerait que tout ait été dit sur ce thème qui a largement essaimé dans la littérature et le cinéma et est même devenu, avec la robotique et la vie extraterrestre, l’un des thèmes majeurs de la science-fiction. En généralisant un peu, on pourrait même dire que la science-fiction est systématiquement un voyage dans le temps, vers des futurs proches ou lointains.

Avec les voyages temporels, les livres nous emportent vers des âges oubliés, à la rencontre de tyrans déchus, nous font visiter des temples depuis longtemps enfouis, nous ramènent à des époques que nous croyions – peut-être à tort – être meilleures. Dans un sens. Et dans l’autre, ils dessinent les contours de mondes en ruine où l’humanité est en berne, ou bien décrivent son expansion à travers l’Univers. Avec, souvent, un avertissement au lecteur du présent.

Et puis, il y a ces incroyables et insolubles paradoxes, dont René Barjavel en donna un très bon exemple dans son roman Le Voyageur imprudent (1944). C’est le fameux paradoxe du grand-père. Que se passe-t-il si je voyage dans le passé pour tuer mon grand-père avant qu’il n’ait des enfants ? Hé bien, il ne peut avoir d’enfants, donc je ne suis jamais né, donc je n’ai pas pu non plus aller le tuer, donc je suis né…

Le film Primer, de Shane Carruth (2004), est rempli de paradoxes le rendant, au choix, indigeste ou génial.

Parmi les pionniers incontestables de la science-fiction en général et du voyage dans le temps en particulier, figure l’écrivain britannique Herbert George Wells (1866 – 1946), avec La Machine à remonter le temps, paru en 1896. Il s’agit bien là de science-fiction pure et dure, dans le sens où c’est l’invention humaine d’un scientifique qui permet de voyager dans le temps, ce qui le distingue des précédentes œuvres qui faisait mention d’un tel procédé.

L’Explorateur, comme il se fait appeler dans le roman, commence par expliquer sa conception du temps, remarquablement moderne :

Il y a en réalité quatre dimensions : trois que nous appelons les trois plans de l’Espace, et une quatrième : le Temps. On tend cependant à établir une distinction factice entre les trois premières dimensions et la dernière, parce qu’il se trouve que nous ne prenons conscience de ce qui nous entoure que par intermittences, tandis que le temps s’écoule, du passé vers l’avenir, depuis le commencement jusqu’à la fin de votre vie.

[…] Voici ce que signifie réellement la Quatrième Dimension ; beaucoup de gens en parlent sans savoir ce qu’ils disent. Ce n’est qu’une autre manière d’envisager le Temps. Il n’y a aucune différence entre le Temps, Quatrième Dimension, et l’une quelconque des trois dimensions de l’Espace, sinon que notre conscience se meut avec elle.

L’Explorateur poursuit en faisant le récit de ses aventures vers un futur lointain, très lointain : l’an 802 701, un monde où s’affrontent deux peuples : les Eloïs, des êtres androgynes mièvres, et les Morlocks, de véritables sauvages qui vivent sous le sol et se nourrissent des Eloïs. En arrivant à cette époque, l’Explorateur se fait voler sa machine. Charge à lui de la retrouver et de mieux comprendre cet étrange monde…

Point de paradoxes dans cette histoire, rien d’autre que le dépaysement et le plaisir de voyager vers un âge si lointain, qui par certains aspects rappelle pourtant la société victorienne de l’époque de Wells. Fervent partisan des théories darwinistes, Wells met en garde – ou s’amuse, c’est selon – sur ce que pourraient devenir les habitants d’une société industrielle capitaliste poussée à son paroxysme.

Les hideux Morlocks, dans l’adaptation cinématographique de George Pal (1960).

Ce court roman est l’un des tous premiers voyages d’une très longue série de voyages qui nous emmèneront des passés les plus obscurs jusqu’aux futurs les plus lointains. Alors, a-t-on tout dit du voyage dans le temps ? Petit détour par la science…

Le temps est une illusion

Notre intuition, basée sur notre expérience quotidienne de la nature, nous suggère que le voyage dans le temps est impossible. Notre conscience évolue dans le présent, un instant de temps difficile à définir mais qui se situe entre le passé et l’avenir. Inéluctablement, semble-t-il, la flèche du temps se dirige vers une seule direction, nourrissant les regrets et les espoirs.

Pourtant, la physique se montre moins intransigeante avec la flèche du temps. La théorie de la Relativité générale d’Einstein démontre ainsi que le temps n’est absolument pas figé et qu’il s’écoule différemment selon que l’on se trouve, par exemple, à proximité de la Terre ou d’un trou noir.

Dans un article de L’Obs, le physicien italien Carlo Rovelli, spécialiste de la gravitation à boucles, une théorie qui vise à réconcilier la Mécanique quantique et la Relativité Générale, et qui pense par ailleurs que le temps n’existe tout simplement pas, explique ainsi :

Chaque corps, chaque phénomène dans l’Univers, produit son propre temps, son rythme déterminé par l’effet des masses voisines mais aussi, comme l’avait également compris Einstein, selon la vitesse à laquelle celui-ci se déplace: le mouvement lui aussi ralentit les phénomènes, il contracte le temps.

Pour le physicien Max Tegmark, spécialiste des multivers, c’est le flux du temps qui est une illusion, produite par le cerveau de l’homme. Nous considérons notre position dans l’espace comme statique – si tant est que nous ne soyons pas en mouvement – et notre position dans le temps comme changeante à chaque instant. Mais nous vivons dans un monde à quatre dimensions : trois dimensions d’espace, et une de temps, comme le rappelait l’Explorateur de Wells. Dans cette perspective, il ne faut pas considérer le temps comme une dimension si différente des autres. Si nous pouvions voir le temps comme nous voyons l’espace qui nous entoure, alors nous verrions nos corps comme de longs tubes, nous pourrions même deviner l’intégralité des particules élémentaires qui le composent dessiner des tubes qui vont et viennent tout au long de notre vie, dessinant des schémas complexes et qui bientôt se désintègrent (un phénomène appelé la mort à notre échelle). Ces particules vont ensuite former d’autres tubes ailleurs, à l’aide d’autres particules. De ce point de vue, l’écoulement du temps n’a aucune valeur concrète.

Les déplacements d’un objet dans l’espace-temps produisent différents motifs. A gauche, un objet inerte. Au centre, un organisme vivant, aux motifs plus complexes. A droite, la désintégration d’un motif suite à la mort d’un organisme vivant. (crédits : Max Tegmark)

D’un point de vue plus philosophique, difficile d’estimer également que le temps existe. Le passé et le futur n’ont de réalité que dans mon esprit, quand au présent il est impossible à définir… Combien de temps, d’ailleurs, dure le présent ? Quelques secondes ? Mais elles filent aussitôt et sont déjà passées… Est-ce, alors, un simple fragment de temps, fugace, immédiat et finalement insaisissable ? Le temps semble être intimement lié à notre conscience, et n’avoir aucune réalité en dehors.

La physique peut encore fournir la matière nécessaire à bien des récits de science-fiction. Tout n’a peut-être pas été encore écrit sur ce formidable thème qu’est le voyage dans le temps. Le futur – ou le passé ? – nous réserve sans doute encore bien des surprises !

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Vincent
Votre humble serviteur, aux manettes de Dans la Lune.