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Covid-19 : quel impact sur le spatial ?

Entre novembre et décembre 2019, une nouvelle maladie fait son apparition en Chine, près de Wuhan, la capitale de la province du Hubei. Elle est causée par un coronavirus, un virus dont la forme évoque celle d’une couronne. Baptisée Covid-19, elle se propage rapidement, des mesures de confinement sont prises dans les pays les plus touchés. Le 11 mars, l’épidémie devient une pandémie selon l’OMS. A ce jour, près d’un milliard de terriens sont en confinement. Cette situation inédite entraîne évidemment une multitude de conséquences sur toutes les activités humaines. Qu’en est-il du spatial ?

Les agences spatiales : prudence constante

Comme dans de nombreux secteurs économiques, ce sont d’abord les événements internationaux qui ont été impactés : la conférence annuelle Satellite 2020 qui s’est tenue à Washington a ainsi été amputée de sa dernière journée, tandis que le salon Space Symposium, qui devait se tenir du 30 mars au 20 avril dans le Colorado, a lui été reporté a une date ultérieure non communiquée jusqu’à présent.

Du côté de la NASA, les impacts du Covid-19 sur les missions en cours et à venir sont encore difficiles à estimer, et dépendront de la durée de la crise. Toutefois, une évaluation a été mise en place afin de pouvoir déterminer quels travaux pouvaient être réalisés à distance, et ceux qui devaient impérativement être effectués sur place.

Le 20 mars, un communiqué a été publiée sur le site de la NASA. Il précise notamment que :

  • Le lancement de la mission Mars 2020, prévu pour le mois de juillet, est maintenu – ce qui est compréhensible puisqu’il profite d’une fenêtre de lancement qui ne se produit que tous les 26 mois…
  • Les travaux sur le télescope spatial James Webb sont suspendus – son lancement toujours prévu pour mars 2021 n’est pas officiellement annulé mais semble de plus en plus compromis
  • Quant au programme Artemis, qui prévoit le retour d’astronautes sur la Lune pour 2024, il est lui aussi suspendu en ce qui concerne la production et les tests du lanceur SLS (Space Launch System) et de la capsule Orion

A noter que sur les douze centres de l’agence spatiale américaine, trois sont au stade quatre du protocole de réponse prévu (et qui n’a rien à voir avec les quatre stades de gestion d’épidémie employés en France). Si d’aventure les douze devaient se retrouver au stade quatre, tous les travaux en cours seraient immédiatement arrêtés, hormis ceux qui concernent la mission Mars 2020.

Le rover Perseverance de la mission Mars 2020. (crédits : NASA / JPL-Caltech)

L’Agence spatiale européenne (ESA) devait aussi profiter de la fenêtre de lancement de juillet pour envoyer le rover Rosalind Franklin sur Mars, dans le cadre de la mission ExoMars, chargée notamment de détecter des traces de vie passées ou présentes. Loupé : le lancement est retardé à 2022. La mission était récemment pointée du doigt pour des problèmes techniques, et se poser sur Mars est un véritable défi qui ne laisse pas le droit à l’erreur : ce délai supplémentaire ne sera sans doute pas de trop.

La Chine a connu son pic de l’épidémie en janvier, une période plutôt calme en raison des traditionnelles fêtes du Nouvel An. Pas de retard majeur à signaler, donc. A noter qu’elle profitera elle aussi de cette fameuse fenêtre de lancement vers Mars avec le lancement du rover Huoxing 1, qui fera de la Chine la troisième nation à réussir à se poser sur la planète rouge (après les Etats-Unis et l’Union Soviétique).

Le cas Elon

Du côté de SpaceX, c’est plus problématique. Son emblématique PDG, Elon Musk, s’est fendu le 6 mars d’un tweet dans lesquel il déclare que la panique autour du coronavirus est « stupide. » Et dans un email envoyé le 13 mars aux employés de SpaceX, il affirme que le risque de mourir du Covid-19 est beaucoup plus faible que le risque de mourir dans un accident de voiture. Ces déclarations polémiques se traduisent dans la politique de la société, jugée pour l’heure négligente voire dangereuse. Ainsi, le télétravail est autorisé seulement pour les employés qui ne se sentent pas bien, alors que le gouverneur de Californie (le siège social de SpaceX est basée à Hawthorne) a ordonné à toutes les entreprises non-essentielles de fermer. Dans une enquête publiée sur Buzzfeed, des employés regrettent que rien ne soit fait malgré la détection d’au moins au cas de coronavirus dans les bureaux de Redmond et de plusieurs signes inquiétants sur le campus de la société.

Un employé de la société Xplor, qui gère la garderie et l’école du campus, s’est exprimé anonymement :

Non seulement SpaceX met les employés directs sont en danger, mais les enfants et les employés de l’école sur le campus sont également menacés à cause de l’ignorance d’un seul homme.

Dans un tweet du 19 mars, le bureau du shérif du comté d’Almeda a rappelé que SpaceX n’est pas considérée comme une entreprise essentielle.

S’il propose désormais de fabriquer des masques respiratoires dans ses usines Tesla, Elon Musk continue de combattre sur Twitter ce qu’il considère n’être qu’une peur injustifiée, au mépris des avis et des décisions des instances gouvernementales et institutionnelles internationales, l’OMS en premier lieu.

Quant au lancement de la capsule Crew Dragon, premier vol habité réalisé par les américains vers la Station spatiale internationale depuis 2011, il est toujours prévu pour mai. Et un lancement de la fusée Falcon avec à son bord un nouveau cortège de satellites Starlink a eu lieu le 18 mars.

En mars 2019, la capsule Crew Dragon, sans équipage à l’intérieur, avait réussi à s’amarrer à l’ISS. (crédits : NASA TV)

Du côté du concurrent principal de SpaceX, Blue Origin, pas de retard de projet à signaler pour le moment. La société souligne qu’elle ajuste sa stratégie au jour le jour, favorisant tout de même le télétravail lorsque cela est possible.

Le confinement avant le confinement

Ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est que le virus se retrouve à bord de la Station spatiale, où l’accès à un hôpital est évidemment compliqué, et où la microgravité affaiblit le système immunitaire de ses occupants… D’ordinaire, les futurs astronautes passent deux semaines en quarantaine avant leur départ du cosmodrome de Baïkonour.

Le 9 avril, trois astronautes (deux américains et un russe) doivent partir pour l’ISS. Leur quarantaine a été avancée pour éviter qu’ils n’emportent avec eux un passager clandestin…

Les conseils des astronautes

Mais qu’en est-il des anciens astronautes, et de ceux qui sont actuellement dans l’espace ? Isolés de long mois à quatre-cent kilomètres au-dessus de nos têtes, les astronautes de la Station spatiale internationale sont de fins connaisseurs du confinement. Et plusieurs d’entre eux se sont d’ailleurs exprimés sur le sujet, fournissant conseils avisés ou sentiments personnels.

L’astronaute américaine Jessica Meir, actuellement dans l’espace, a ainsi déclaré :

De là-haut, il est facile de voir que nous sommes vraiment tous dans le même bateau. #EarthStrong

Anne McClain, qui a elle passé six mois à bord de l’ISS, a tweeté :

Rappelez-vous que le stress survient lorsque nos attentes ne sont pas conformes avec la réalité. Lorsque nous ne pouvons pas changer la réalité, il est préférable de se concentrer sur nos attentes. Attendez-vous à faire les choses différemment. Attendez-vous à devoir vous adapter. Attendez-vous à être hors de votre zone de confort. Attendez-vous à faire passer les autres avant vous.

Vous avez passé une Saint Patrick confiné ? Chris Hadfield aussi, en 2013 ! (crédits : Twitter – @Cmdr_Hadfield)

Quant à Thomas Pesquet, qui devait démarrer sa formation fin mars aux Etats-Unis dans le cadre de sa prochaine mission dans l’espace, il a mis en ligne un tutorial spécial confinement, détaillant ses activités quotidiennes et rappelant pourquoi le confinement est une mesure importante qu’il faut respecter.

Le conseil le plus avisé vient sans doute de Buzz Aldrin, 90 ans, deuxième marcheur lunaire lors de la mission Apollo 11, en 1969. Interrogé par le site Ars Technica sur les moyens qu’il emploie pour se protéger par le virus, il répond avec la verve qu’on lui connaît :

Je reste assis sur le cul et je verrouille la porte !

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Vincent
Votre humble serviteur, aux manettes de Dans la Lune.