CosmosExploration spatiale

L’ambition d’Elon

En mai 2002 un certain Elon Musk, devenu riche après une carrière fructueuse dans le numérique, fonde la société SpaceX avec 100 millions de dollars. Quinze ans plus tard, SpaceX est devenue la première entreprise au monde du secteur spatial en nombre de lancements, notamment grâce aux contrats signés avec la NASA. Désormais, Elon Musk a les yeux rivés sur Mars. Et même au-delà !

Ground Control to Major Tom

Il semble stressé, ou peut-être simplement concentré, en tout cas son visage est fermé. Puis, peu à peu, il se détend, avant de sortir de la pièce en courant. Sous le ciel bleu de Cape Canaveral, tout sourire, il pointe l’index vers le ciel, l’autre main en visière. Puis il porte ses deux mains sur sa tête, comme s’il ne croyait pas tout à fait au spectacle auquel il venait d’assister. Des cris de joie et des applaudissements jaillissent autour de lui. Nous sommes le 6 février 2018, et le second étage de la fusée Falcon Heavy, qui vient d’être lancée, flotte désormais dans l’espace, tandis que deux des trois propulseurs qui composent son premier étage ont atterri et pourront théoriquement être réutilisés. La voiture Tesla qui surplombe la fusée, dotée d’un absurde mannequin appelé Spaceman, diffuse une vidéo en direct depuis l’espace.

There’s a starman waiting in the sky… !

Elon Musk est un personnage éminemment controversé. Certains lui reprochent d’être trop ambitieux, irréaliste, voire mégalomane, ou de n’être qu’un communiquant pour le compte de ses entreprises dont l’apport scientifique serait limité. Il est peut-être tout cela. Mais c’est définitivement quelqu’un avec qui il fondra compter dans les années à venir.

Les dernières missions de la NASA et de l’ESA sont ambitieuses et pratiquement toutes couronnées de succès. Les sublimes photos de Pluton par la sonde New Horizons, les panoramas martiens du rover Curiosity ou encore les mésaventures de Rosetta et Philae autour de la comète Tchouri sont encore dans toutes les mémoires. Et les agences spatiales indiennes ou chinoises, notamment, prévoient des missions également très excitantes. Mais il manque peut-être quelque chose dans ces missions, ou plutôt quelqu’un : l’homme. Progressivement, depuis la fin des missions Apollo, ce ne sont plus des hommes que l’on a envoyé dans l’espace, mais des machines. La raison est simple : les missions humaines sont plus risquées, plus coûteuses, moins rapides et tout simplement moins fructueuses en termes de résultats purement scientifiques.

Bien sûr, il reste la Station spatiale internationale, qui depuis des années enchaîne les orbites autour de la Terre. Faut-il s’en satisfaire ? Certainement pas. Elle reste indispensable parce qu’elle est l’avant-poste de l’humanité dans l’espace, mais ne devons-nous pas maintenant être plus ambitieux ? Rappelons tout de même que l’homme a posé le pied sur la Lune il y a près d’un demi-siècle ! Il est temps d’éloigner la frontière de l’homme dans l’espace, actuellement située à près de 350 kilomètres d’altitude seulement (la distance moyenne à laquelle orbite l’ISS). Les agences spatiales, après des décennies d’immobilisme, commencent à élaborer des pistes de réflexion, peut-être par crainte d’être sévèrement distancées par l’industrie spatiale privée.

Elon Musk, lui, replace l’homme dans l’espace. Il ambitionne de faire de l’humanité une civilisation spatiale. Pour tout amateur de littérature ou de cinéma de science-fiction, dont fait évidemment partie Musk, c’est une perspective fascinante, envisagée dans les années 60 et 70, puis peu à peu oubliée, surtout depuis la fin de la Guerre froide et la restriction des budgets liés à l’exploration spatiale. Et ce qui surprend, voire agace, c’est que la vision de Musk n’est pas celle d’un futur éloigné, perdue dans les brumes de lendemains qui n’arriveront jamais. Musk veut emmener l’humanité dans l’espace dès demain !

Les visions d’artiste de SpaceX font forcément rêver… Ici, un vaisseau sur Europe, le satellite de Jupiter.

Un peu plus près des étoiles

Il est vrai que les principales missions envisagées sérieusement par la NASA ne dépassent guère les années 2030. Les projets au long cours, porteurs d’une vision à long terme et qui s’étalent sur des décennies, sont peu porteurs. Les projets plus concrets, aux retours scientifiques rapides, sont privilégiés. L’ambition, surtout dans l’exploration spatiale, nécessite à vrai dire du temps, beaucoup de temps : certains scientifiques travaillent presque une carrière entière sur un projet (la mission Cassini, qui s’est achevée en septembre 2017, a été envisagée dès 1982). Elon voit les choses autrement. Il veut être ambitieux, mais aussi rapide. La NASA parle de marcher sur Mars dans la décennie 2030, et encore sans avancer de projet concret ? Elon veut y envoyer des hommes dès 2024, et non pas pour y planter un drapeau et revenir sur Terre : il souhaite installer une colonie et se donne un siècle pour parvenir à y installer un million de colons !

Dans un article résumant les dangers qui attendent l’humanité, Musk écrit :

Un astéroïde ou un supervolcan pourraient certainement nous détruire, mais nous devons aussi affronter des risques que les dinosaures n’ont pas connus : un virus génétiquement modifié, une guerre nucléaire, la création par inadvertance d’un micro-trou noir, ou toute autre technologie encore inconnu qui pourrait signer notre fin. Tôt ou tard, nous devrons étendre la vie au-delà de notre petite bille bleue, ou nous éteindre.

Elon Fucking Musk. Deal with it.

S’agirait-il donc d’une urgence ? Peut-être. Selon certaines hypothèses que le dirigeant de SpaceX connaît certainement, si nous n’avons jamais rencontré de civilisation extraterrestre ni découvert d’indices de leur existence dans le ciel, c’est peut-être parce que la majorité des civilisations disparaissent avant de réussir à quitter leur planète d’origine pour devenir des civilisations spatiales. Catastrophe naturelle, hiver nucléaire, extinction des ressources… Nous vivons peut-être une époque charnière : au bord du gouffre, mais les yeux levés vers le ciel. L’humanité parviendra-t-elle à s’échapper de son berceau ? Les échéances que se fixent Musk semblent irréalistes, néanmoins qui aurait pu croire au succès de SpaceX il y a encore quelques années ?

Définitivement optimiste, sur le site officiel de SpaceX, Elon Musk écrit :

Se réveiller le matin et penser que le futur sera merveilleux – voilà ce qu’est être une civilisation spatiale. C’est croire dans le futur, et penser que le futur sera meilleur que le passé. Et rien pour moi n’est plus excitant que d’aller là-haut, et demeurer parmi les étoiles.

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Vincent
Votre humble serviteur, aux manettes de Dans la Lune.