{"id":2354,"date":"2021-07-03T18:20:51","date_gmt":"2021-07-03T17:20:51","guid":{"rendered":"http:\/\/dans-la-lune.fr\/?p=2354"},"modified":"2021-07-03T18:20:54","modified_gmt":"2021-07-03T17:20:54","slug":"les-mysteres-deurope","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/dans-la-lune.fr\/2021\/07\/03\/les-mysteres-deurope\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res d’Europe"},"content":{"rendered":"\n
C\u2019est une petite lune \u00e0 la surface ab\u00eem\u00e9e, qui fascine la science-fiction depuis plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0. Europe, quels myst\u00e8res caches-tu ?<\/em><\/p>\n\n\n\n Les amours de Jupiter<\/strong><\/p>\n\n\n\n En 1610, depuis l\u2019universit\u00e9 de Padoue, avec sa formidable lunette, Galil\u00e9e d\u00e9couvre quatre mondes qui orbitent autour de Jupiter. Le savant florentin y voit une confirmation du mod\u00e8le h\u00e9liocentrique : tous les astres ne tournent pas autour de la Terre, comme l\u2019avait expliqu\u00e9 auparavant Copernic ! C\u2019est en plus un coup port\u00e9 aux opposants \u00e0 ce mod\u00e8le, qui affirmaient qu\u2019il \u00e9tait \u00e9trange que la Lune tourn\u00e2t autour de la Terre et tous les autres astres autour du Soleil.<\/p>\n\n\n\n Dans son Sidereus Nuncius<\/em>, Galil\u00e9e<\/a> \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n Maintenant, en effet, nous n’avons plus une seule Plan\u00e8te tournant autour d’une autre pendant que deux parcourent un grand orbe autour du Soleil, mais notre perception nous offre quatre \u00e9toiles errantes, tandis que toutes poursuivent ensemble avec Jupiter, en l’espace de douze ans, un grand orbe autour du Soleil.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n L\u2019astronome allemand Simon Marius<\/a>, qui d\u00e9couvre quasiment en m\u00eame temps que Galil\u00e9e ces nouveaux astres (et s\u2019attribue d\u2019ailleurs leur d\u00e9couverte), propose de les nommer d\u2019apr\u00e8s la Mythologie plut\u00f4t que par une simple d\u00e9signation num\u00e9rique :<\/p>\n\n\n\n Jupiter est accus\u00e9 par les po\u00e8tes d’amours des plus illicites ; trois jeunes femmes vierges sont surtout mentionn\u00e9es, car Jupiter fut saisi et poss\u00e9d\u00e9 d’un amour cach\u00e9 pour elles, \u00e0 savoir Io, fille du Fleuve Inachos, ensuite Callisto fille de Lycaon, et enfin Europe fille d’Ag\u00e9nor.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n De ces femmes qui orbitent autour de Jupiter, on ne saura rien durant des si\u00e8cles : elles se r\u00e9sument \u00e0 de p\u00e2les petits points invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Il faudra attendre en fait que la merveilleuse ing\u00e9nierie humaine lui permette de s\u2019aventurer au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de sa plan\u00e8te pour enfin pouvoir les observer. La couse \u00e0 l\u2019espace \u00e0 laquelle se livrent les Etats-Unis et l\u2019Union Sovi\u00e9tique apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale permet aux techniques de progresser et aux horizons de l\u2019homme de reculer. Les sondes du programme Voyager<\/a> de la NASA, lanc\u00e9es en 1977 (et d\u2019ailleurs toujours actives aujourd\u2019hui) et charg\u00e9es d\u2019explorer les plan\u00e8tes ext\u00e9rieures du Syst\u00e8me solaire, rapportent des images et des donn\u00e9es \u00e9tonnantes de leur \u00e9pop\u00e9e. L\u2019homme d\u00e9couvre enfin \u00e0 quoi ressemblent pr\u00e9cis\u00e9ment ces mondes si proches et si lointains : ils sont beaux, surprenants, vari\u00e9s, hostiles, absolument fascinants. Les deux sondes Voyager passeront \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019Europe, mais en passant \u00e0 moins de 250 000 kilom\u00e8tres de sa surface, Voyager 2 fournira les images les plus \u00e9tonnantes. L\u2019une d\u2019entre elles est appel\u00e9e Europa\u2019s Fractured Surface<\/em>, soit La surface fractur\u00e9e d\u2019Europe. Quel autre nom aurait-on pu lui donner ? Une multitude de lignes parcourt Europe en tous sens, comme des petits nerfs, preuves d\u2019une activit\u00e9 g\u00e9ologique intense. Et aucun impact m\u00e9t\u00e9orique ne semble appara\u00eetre, au contraire de la surface de Callisto par exemple.<\/p>\n\n\n\n Une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, la sonde Galileo, charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier Jupiter et ses lunes, rapporte des images encore plus pr\u00e9cises de la surface d\u2019Europe. Sur les photos de Voyager, un pixel \u00e9quivalait \u00e0 deux kilom\u00e8tres de la surface d\u2019Europe, et \u00e0 seulement six m\u00e8tres sur certaines des images \u00e0 haute-r\u00e9solution les plus pr\u00e9cises de Galileo !<\/p>\n\n\n\n Les fractures d\u2019Europe<\/strong><\/p>\n\n\n\n Cette surface si particuli\u00e8re est pourtant la plus lisse de tout le Syst\u00e8me solaire. Point de montagnes, et peu de crat\u00e8res. Compos\u00e9e majoritairement de glace, cette surface rappelle par bien des aspects les banquises polaires terrestres. Elle comporte en outre une multitude de structures g\u00e9ologiques diverses. Il y a bien s\u00fbr ces lignes, tr\u00e8s abondantes, dont certaines mesurent plusieurs centaines de kilom\u00e8tres et d\u2019autres sont beaucoup plus r\u00e9duites, tandis que leur hauteur ne d\u00e9passe pas la centaine de m\u00e8tres. Le plus souvent, ce sont des doubles lignes de part et d\u2019autre d\u2019une vall\u00e9e centrale, un peu \u00e0 la mani\u00e8re des talus au bord des routes. Parfois, elles r\u00e9alisent de curieux arcs de cercle r\u00e9guliers.<\/p>\n\n\n\n A plus petite \u00e9chelle, on remarque aussi des plaines, des d\u00f4mes, des blocs de taille variable, et aussi quelques crat\u00e8res, dont certains ont \u00e9t\u00e9 en partie combl\u00e9s par de la glace fra\u00eeche.<\/p>\n\n\n\n Pourquoi la surface d’Europe est-elle ainsi ab\u00eem\u00e9e par de telles balafres ? Plusieurs hypoth\u00e8ses ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es. La plus s\u00e9duisante parle d’un effet similaire \u00e0 celui de la tectonique des plaques que nous connaissons sur Terre. Deux couches se chevaucheraient en fait \u00e0 la surface d’Europe. La premi\u00e8re serait mince, froide et compos\u00e9e de plusieurs plaques solides. La seconde, en-dessous, serait plus chaude. Les premi\u00e8res s’enfonceraient dans les secondes, par subduction. Reste une interrogation : sur Terre, ces plaques sont compos\u00e9es de roches. Ce n’est \u00e9videmment pas le cas sur Europe. Comment les plaques de la surfaces r\u00e9ussissent-elles \u00e0 rester suffisamment denses pour ne pas stopper ce ph\u00e9nom\u00e8ne de subduction ? Un mod\u00e8le informatique publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2017 par une \u00e9quipe de l’Universit\u00e9 Brown (Etats-Unis) apporte une piste de solution : du sel venu de l’oc\u00e9an, dans les profondeurs d’Europe, vient ajouter de la densit\u00e9 \u00e0 ces plaques, permettant au ph\u00e9nom\u00e8ne de subduction de se produire.<\/p>\n\n\n\n Brandon Johnson, auteur principal de cette \u00e9tude<\/a>, explique :<\/p>\n\n\n\n Il est fascinant de penser que nous pourrions avoir une tectonique des plaques ailleurs que dans la Terre. […] En pensant du point de vue de la plan\u00e9tologie comparative, si nous pouvons maintenant \u00e9tudier la tectonique des plaques dans cet endroit tr\u00e8s diff\u00e9rent, cela pourrait nous aider \u00e0 comprendre comment la tectonique des plaques a commenc\u00e9 sur la Terre.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n Le grand bleu<\/strong><\/p>\n\n\n\n Un oc\u00e9an ? Rien de nouveau : d\u00e8s septembre 1979, une \u00e9tude<\/a> en sugg\u00e9rait la pr\u00e9sence sous la surface d’Europe. Il serait situ\u00e9 \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres au-dessous de la surface, s\u2019\u00e9tendrais sur 80 \u00e0 170 kilom\u00e8tres de profondeur, et pr\u00e9sente plusieurs particularit\u00e9s tout \u00e0 fait int\u00e9ressantes.<\/p>\n\n\n\n D\u00e9j\u00e0, il serait compos\u00e9 d\u2019eau sal\u00e9e. Et c\u2019est ce sel, comme expliqu\u00e9 plus haut, qui permettrait au ph\u00e9nom\u00e8ne de subduction de se produire. Ensuite, des observations du t\u00e9lescope spatial Hubble ont montr\u00e9 en 2016 que des geysers de vapeur d\u2019eau, venus tout droit de cet oc\u00e9an, p\u00e9n\u00e8trent jusqu\u2019\u00e0 la surface en se frayant un chemin \u00e0 travers la glace, et s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 plus de 200 kilom\u00e8tres d\u2019altitude ! Autrement dit, des \u00e9chantillons d\u2019eau sont accessibles \u00e0 une future sonde\u2026<\/p>\n\n\n\n Enfin, cet oc\u00e9an serait en contact direct avec le manteau silicat\u00e9, compos\u00e9 de roches, qui entoure le noyau de fer d\u2019Europe. Ce n\u2019est pas le cas des oc\u00e9ans des autres lunes des g\u00e9antes gazeuses comme Titan, Enc\u00e9lade ou Ganym\u00e8de, o\u00f9 l\u2019on suppose que l\u2019oc\u00e9an est isol\u00e9 du manteau silicat\u00e9 par une \u00e9paisse couche de glaces de haute pression. Un cas unique \u00e0 ce jour dans le Syst\u00e8me solaire, et qui fait d\u2019Europe un excellent candidat \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9ventuelles traces de vie extraterrestre\u2026<\/p>\n\n\n\n Il \u00e9tait une fois la vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n L\u2019\u00e9tude des extr\u00eamophiles, des organismes capables de supporter des conditions extr\u00eames sur Terre (temp\u00e9ratures, pression\u2026), est utile en exobiologie. Si la vie est capable d\u2019appara\u00eetre et de se d\u00e9velopper dans de telles conditions sur Terre, pourquoi ne l\u2019aurait-elle pas fait ailleurs, dans des conditions similaires ? Nous savons d\u00e9sormais que la vie n\u2019a pas n\u00e9cessairement besoin de la lumi\u00e8re du Soleil : certains organismes dits chimiotrophes peuvent ainsi se d\u00e9velopper dans les grands fonds marins, o\u00f9 ils tirent leur \u00e9nergie de mol\u00e9cules inorganiques. C\u2019est le cas par exemple de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me qui vit \u00e0 proximit\u00e9 des chemin\u00e9es hydrothermales, avec la pr\u00e9sence de bact\u00e9ries, de vers, voire m\u00eame, l\u00e0 o\u00f9 les temp\u00e9ratures sont un peu plus ti\u00e8des, des poulpes et des poissons abyssaux !<\/p>\n\n\n\n De tels chemin\u00e9es existeraient-elles sur Europe ? C\u2019est probable, et c\u2019est ce qui fait d\u2019Europe le meilleur candidat pour h\u00e9berger une vie extraterrestre dans le Syst\u00e8me solaire. Soyons r\u00e9alistes : il ne s\u2019agira sans doute pas d\u2019un oc\u00e9an aussi foisonnant en vie que ceux de la Terre. Mais qui sait quels genres de cr\u00e9atures peuvent nager l\u00e0-bas, dans l\u2019obscurit\u00e9, sous une \u00e9paisse couche de glace ? Des bact\u00e9ries, des vers, des crustac\u00e9s, des poissons, des organismes plus complexes peut-\u00eatre, ou bien absolument rien ?<\/p>\n\n\n\n Missions \u00e0 venir<\/strong><\/p>\n\n\n\n Bref, c\u2019est absolument fascinant, et il va falloir y aller pour tirer tout \u00e7a au clair. L\u2019id\u00e9e de forer la cro\u00fbte de la glace pour atteindre l\u2019oc\u00e9an semble ambitieuse pour le moment : sur la base de Vostok, en Antarctique, le forage n\u2019atteint pour l\u2019instant que 3 623 m\u00e8tres\u2026 Et \u00e9videmment, c\u2019est une chose de le faire sur Terre et une autre de le faire sur une lune situ\u00e9e \u00e0 une distance moyenne de 670 100 kilom\u00e8tres ! En tout cas, la NASA a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 un concept<\/a> de sous-marin pr\u00eat \u00e0 s\u2019aventurer dans les profondeurs d\u2019Europe. Peut-\u00eatre d\u2019ici la fin du si\u00e8cle ?<\/p>\n\n\n\n En attendant, heureusement, deux autres missions sont pr\u00e9vues, l\u2019une par l\u2019ESA, l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne, et l\u2019autre par la NASA. Elles devraient toutes deux \u00eatres lanc\u00e9es au d\u00e9but de la prochaine d\u00e9cennie, si tout va bien.<\/p>\n\n\n\n De quoi s\u2019agit-il\u00a0? D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la mission JUICE<\/a> (pour Jupiter Icy Moon Explorer) de l\u2019ESA, qui pr\u00e9voit d\u2019envoyer une sonde charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier trois lunes glac\u00e9es de Jupiter\u00a0: Callisto, Europe et Ganym\u00e8de. Parmi les objectifs principaux figurent l\u2019\u00e9tude de leurs oc\u00e9ans et leur potentielle habitabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n